Je connaissais les grands vignobles français, leurs appellations prestigieuses et leurs histoires que l’on apprend presque religieusement lorsque l’on travaille dans le vin. Pourtant, je n’avais jamais vraiment regardé celui qui se trouvait au pied du Môle, à quelques kilomètres de l’endroit où j’avais grandi. Et puis j’ai rencontré Nicolas Montessui, et disons qu’il n’est pas exactement du genre à vous laisser repartir sans quelques idées supplémentaires dans la tête.
Le vignoble que je ne voyais pas
Je suis née à Marignier, au cœur de la vallée de l’Arve. J’ai grandi avec le Môle devant les yeux. Cette montagne, je la connais presque par cœur. C’est celle que je cherche lorsque je rentre de vacances, celle dont la silhouette me dit immédiatement : ça y est, je suis chez moi.
Et pourtant… Pendant des années, je n’ai presque pas regardé les vignes qui poussaient à ses pieds. J’avais étudié le vin en Bourgogne, travaillé en restauration, ouvert un restaurant-bar à vin dans la vallée de l’Arve. Je savais parler de Bordeaux, de Bourgogne, de vallée du Rhône, de grands terroirs et d’appellations lointaines. Mais du vignoble d’Ayze, situé à dix minutes de chez moi ?
Presque rien. Avec le recul, c’est assez vertigineux. Il aura fallu rencontrer Nicolas pour que quelque chose se remette à sa place.
Nicolas, difficile de ne pas l’écouter
Nicolas n’est pas un vigneron silencieux qui vous montre trois rangs de vigne avant de retourner travailler dans son coin. Nicolas parle, raconte, explique, montre… mais surtout, il a des idées. Beaucoup d’idées.
Une conversation avec lui en amène généralement une autre, puis un projet, puis une nouvelle piste à explorer alors que vous n’avez pas encore terminé la première. Il peut passer d’une parcelle au Gringet, du Gringet à l’histoire d’Ayze, d’une vinification à ce que pourrait devenir le vignoble demain. Et cette énergie est terriblement communicative.
Grace à lui, j’ai commencé à comprendre que ce paysage que j’avais toujours considéré comme « chez moi » était aussi un véritable territoire viticole.

Et puis il y a eu le Gringet
Parce qu’on ne reste pas très longtemps avec Nicolas sans que le Gringet arrive dans la conversation. Ce cépage rare, intimement lié à Ayze, était pourtant quasiment absent de ma culture du vin. Encore une petite claque. Et puis j’ai goûté ses vins.Jonquille. Edelweiss… Et ce qui aurait pu rester une jolie découverte locale est devenu beaucoup plus intéressant.
Ce n’était pas « très bon pour un vin de chez nous ». C’était très bon. Point.
Des vins avec de la fraîcheur, du caractère, une identité. Des vins qui avaient quelque chose à raconter parce qu’ils venaient d’un endroit qui avait quelque chose à raconter.
À cet instant, une question s’est imposée assez brutalement :
Comment avais-je pu aller chercher si loin ce qui était juste devant moi ?

Ayze n’est pas « le petit vignoble du coin »
C’est probablement l’une des choses les plus importantes que Nicolas m’a apprises. Arrêter de regarder notre territoire avec cette petite réserve presque inconsciente que l’on a parfois lorsque quelque chose vient de trop près. Comme si Bordeaux avait forcément davantage à raconter parce que c’est Bordeaux. Comme si la Bourgogne devenait automatiquement passionnante dès que l’on prononçait le nom d’un climat. Et comme si, chez nous, il fallait presque s’excuser avant de dire que nous avions de très beaux vins.
Nicolas ne s’excuse pas. Il croit en son terroir. Il croit à ce que ce vignoble peut encore devenir.
Et quand quelqu’un vous parle de son territoire avec autant de conviction, il finit forcément par vous transmettre un peu de cette fierté. Moi, en tout cas, je l’ai attrapée.
Un vigneron qui aime transmettre
Et c’est probablement là que notre rencontre est devenue autre chose, parce qu’au-delà du vigneron, Nicolas est un formidable passeur. Avec les élèves, il ne simplifie pas son métier jusqu’à le rendre insignifiant. Il leur explique vraiment. Et surtout, il leur donne le sentiment qu’ils ont le droit d’être là, de poser des questions, de ne pas savoir et d’apprendre.
Une rencontre, puis un projet… puis beaucoup d’autres
Avec Nicolas, forcément, nous n’en sommes pas restés à une visite de domaine. La première rencontre en a entraîné une autre, puis une autre. Et progressivement, il est devenu l’un de ceux avec qui j’ai commencé à construire mes projets pédagogiques autour du vignoble.
Avec mes élèves, nous avons consacré un film à son métier. « Bref, on a découvert le métier de vigneron. » Un projet né dans ses vignes et dans sa cave, construit avec les élèves, et qui nous a finalement conduits jusqu’au Grand Rex où le film a été récompensé.
Quand j’y repense, tout était parti d’une idée assez simple : avant d’apprendre à vendre le vin, mes élèves devaient rencontrer ceux qui le font. Nicolas a accepté d’ouvrir ses portes.
Et maintenant, la cuvée du lycée
Et puisque visiblement nous avions encore quelques idées en réserve… L’aventure continue. Cette fois, autour d’un projet auquel je tiens énormément : la première cuvée du lycée.
Une cuvée construite avec Nicolas, autour du Gringet et d’Ayze, qui permettra encore une fois aux élèves de ne pas seulement apprendre dans un livre. Comprendre une vinification, suivre un vin, réfléchir à son identité, apprendre à le présenter, à le commercialiser, et, surtout, comprendre tout ce qu’il y a derrière une bouteille avant de vouloir la vendre.
Finalement, il m’a surtout appris à regarder
Je pourrais dire que Nicolas m’a fait découvrir le Gringet. Ce serait vrai. Je pourrais dire qu’il m’a permis de mieux comprendre le vignoble d’Ayze. Ce serait vrai aussi. Mais ce serait encore un peu réducteur, parce qu’il m’a surtout appris quelque chose que je cherche maintenant à transmettre à mes élèves :
Avant d’aller chercher très loin ce qui est remarquable, il faut parfois commencer par regarder vraiment ce que l’on a devant soi.
Aujourd’hui, lorsque je regarde le Môle, je ne vois plus seulement la montagne de mon enfance. Je vois les vignes, les coteaux, le Gringet, les hommes et les femmes qui font vivre ce territoire. Mais surtout, je vois tout ce qu’il reste encore à raconter, à transmettre et à inventer ici.
La montagne, elle, n’a pas changé. Mon regard, lui, si… Et pour ça, je dois beaucoup à Nicolas.
Il y a déjà eu un film, un prix, des rencontres, une cuvée en préparation… Et j’ai le sentiment que tout cela n’est que le début d’une très belle aventure.
LE DOMAINE EN UN COUP D’ŒIL
- Vigneron : Nicolas Montessuit
- Domaine : Domaine Nicolas Montessuit
- Lieu : Ayze, en Haute-Savoie
- Vignoble : coteaux du Môle
- Cépage emblématique : le Gringet
- À découvrir : cuvée Jonquille et cuvée Edelweiss
