Florent Héritier, l’artiste vigneron qui fait parler le terroir d’Annecy

Il y a des rencontres qui commencent par une poignée de main, une vue incroyable, quelques rangs de vigne… et qui finissent par vous confirmer que le vin n’est jamais seulement une boisson. C’est un lieu, une énergie, une idée, parfois même une forme d’obstination magnifique.

Ce matin-là, j’ai rencontré Florent Héritier dans ses vignes de Menthon-Saint-Bernard, au pied du château, avec le lac d’Annecy en décor. Autant dire que le cadre avait décidé de faire son petit effet. Mais très vite, ce n’est pas seulement la vue qui impressionne : c’est l’histoire du lieu, le travail accompli et la vision de l’homme.

Florent Héritier fait partie de ces vignerons qui ne se contentent pas de cultiver la vigne. Il la pense, il la cherche, il l’écoute. Il a récupéré une friche, l’a défrichée, travaillée, plantée, patiemment, avec cette forme de folie douce que l’on retrouve souvent chez les gens qui construisent quelque chose de vrai. Là où certains auraient vu un terrain compliqué, lui a vu la renaissance d’un vignoble. Déjà, il faut reconnaître que ça pose le personnage.

Dans ses parcelles, on croise des cépages qui racontent la montagne, les lacs, les circulations alpines et l’identité savoyarde : mondeuse blanche, gringet, chasselas, jacquère, viognier, mondeuse, gamaret… Un casting qui pourrait faire peur sur le papier, mais qui prend tout son sens dans son approche. Florent assemble, expérimente, cherche des équilibres. Il ne récite pas une partition toute faite : il compose.

Et c’est peut-être cela qui marque le plus dans ses vins. Ils sont bons, oui. Terriblement bons même. Mais surtout, ils ont une identité. Une patte. On sent le travail, le lieu, l’instinct. Ce ne sont pas des vins lisses ou formatés. Ce sont des vins qui racontent quelqu’un.

Florent Héritier a cette simplicité des gens qui savent exactement pourquoi ils font les choses. Il parle de la Haute-Savoie avec ancrage, avec fierté, sans posture. Il ne cherche pas à opposer les territoires, mais à rappeler une évidence trop souvent oubliée : oui, la Savoie existe. Mais la Haute-Savoie aussi. Et ici aussi, on fait des vins immenses, singuliers, vivants, audacieux. Il faut juste que cela se sache un peu plus.

Forcément, cette philosophie résonne fort avec le projet Vigne & Terroir que nous portons au lycée hôtelier François Bise. Parce que transmettre le vin à des élèves, ce n’est pas leur faire apprendre par cœur des appellations. C’est leur apprendre à regarder un paysage, à comprendre un sol, à écouter un vigneron, à sentir ce qu’un territoire met dans un verre.

Avec Florent, nous avons évoqué plusieurs pistes : une intervention au lycée autour des cépages, la possibilité de venir planter différentes variétés avec les élèves au mois de novembre, une demi-journée de vendanges, mais aussi une réflexion autour d’une Saint-Vincent à Frangy, qui pourrait réunir les vignerons savoyards et permettre aux élèves de participer au service. Autant dire que mon cerveau pédagogique a commencé à faire des bulles. Et pas seulement du Crémant.

Ce type de rencontre donne du sens au métier de prof. Elle rappelle pourquoi il est essentiel de sortir les élèves des salles de classe, de les mettre face aux femmes et aux hommes qui font vivre un territoire, de leur montrer que derrière chaque bouteille, il y a une histoire, un engagement, parfois même une petite dose de génie complètement déraisonnable.

Juillet 2026

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