On m’avait parlé de Carema. Plusieurs fois. De ses terrasses, de ses pergolas, de son Nebbiolo, de ce vignoble accroché à la montagne juste avant la Vallée d’Aoste, et pourtant, je ne l’avais jamais vu. Un comble quand on sait le nombre de fois où j’ai emprunté cette route ! Puis un jour, au retour d’une virée en Italie, on quitte l’autoroute et on passe par la nationale et avant le fort de Bard, je tourne enfin la tête.
Boum. Un immense amphithéâtre de vignes. Je regarde mon mari :
« C’est là. Il faut qu’on s’arrête. C’est Carema. »
Et évidemment… on s’est arrêtés.

Quatre kilomètres pour comprendre
Le Sentiero dei Vigneti propose une boucle d’environ quatre kilomètres au cœur du vignoble. Quatre kilomètres, ça paraît presque trop facile sauf qu’à Carema, l’intérêt n’est surtout pas de marcher droit devant soi. Il faut lever les yeux, ralentir, prendre les petits passages accessibles, s’éloigner parfois de quelques mètres du tracé et se glisser sous les pergolas parce que c’est là que Carema devient vraiment fascinant.


Les grappes pendent au-dessus de la tête. Les vieux ceps serpentent entre les pierres. Les escaliers apparaissent entre deux murs et les terrasses s’empilent jusqu’à donner l’impression que toute la montagne a été construite pour la vigne.
Et puis deux anciens m’arrêtent dans ma balade
Enfin… je crois plutôt que c’est moi qui les ai arrêtés. Deux anciens du coin, croisés au milieu des vignes. Évidemment, je pose des questions.
Ils me parlent du Nebbiolo, cépage tardif, qui prend ici tout son temps pour arriver à maturité. À cette altitude, dans ce vignoble montagnard, il faut attendre. Le soleil, l’exposition, les murs, tout compte.
Et soudain, ces énormes piliers de pierre que je photographiais simplement parce qu’ils étaient beaux prennent une autre dimension. Ces piliers ne sont pas là pour faire joli, les fameux pilun soutiennent les pergolas mais ils ont aussi une autre fonction particulièrement ingénieuse : leur pierre se réchauffe pendant la journée puis restitue progressivement cette chaleur lorsque la température baisse.
Quelques degrés grappillés, quelques heures gagnées, pour un Nebbiolo qui aime prendre son temps pour mûrir, ça compte. Et c’est là que Carema devient passionnant, parce qu’en quelques mètres de marche, tout se connecte :
le cépage tardif, la montagne, l’exposition, les terrasses, les piliers, le travail des hommes.

Le paysage n’est plus seulement spectaculaire, il devient parfaitement logique.
Une leçon de viticulture sans salle de classe
C’est précisément pour ça que j’aime ces balades. On pourrait expliquer pendant une heure la viticulture héroïque, la maturité du Nebbiolo ou l’influence du microclimat.
Ou alors… On peut marcher sous une pergola à Carema, discuter cinq minutes avec deux anciens et regarder autour de soi. La leçon est faite et elle est nettement plus difficile à oublier.
Petit conseil : regardez en l’air… mais pas uniquement
Le problème de Carema, c’est que tout se passe au-dessus de votre tête.
Les grappes, les feuilles, les vieux bois, les pergolas… Or les marches, elles, persistent à rester sous vos pieds. Il faut donc développer assez rapidement une technique très personnelle :
raisin – marche – raisin – marche.
Ça évite que la découverte du Nebbiolo ne se termine par une étude approfondie du système de santé italien.
Et après quatre kilomètres ?
On mange. Parce que personnellement, j’estime qu’une balade dans les vignes mérite toujours une conclusion gastronomique. Direction Nus, en Vallée d’Aoste, et une adresse que j’ai adorée : Chez Florian.
Une trattoria toute simple, généreuse mais avec des nappes et un vrai sens du service.
Des plats copieux, une cuisine qui ne cherche pas à impressionner mais qui fait exactement ce qu’on lui demande : donner envie de rester à table.
Et surtout, s’il y en a n’hésitez pas :
Castagne al burro e a la panna
Châtaignes. Beurre. Crème. La Vallée d’Aoste n’est décidément pas très investie dans le concept de repas détox.
Alors, Carema ?





Carema, ce n’est pas une visite à cocher. Il faut marcher, sortir un peu du chemin, passer sous les vignes, regarder les piliers, parler aux gens et essayer d’imaginer ce que représente le travail nécessaire pour faire mûrir du Nebbiolo sur cette montagne.
Le plus incroyable reste peut-être que j’étais passée devant des dizaines de fois sans jamais le voir. Alors la prochaine fois que vous approchez du fort de Bard, faites exactement l’inverse de moi pendant toutes ces années :
Quittez l’autoroute, tournez la tête et arrêtez-vous.
Vous comprendrez très vite pourquoi.
📍 Carema — Piémont
🥾 Sentiero dei Vigneti — environ 4 km
👟 Chaussures confortables
📷 Téléphone chargé : vous allez beaucoup vous arrêter
🍴 Après la balade : Chez Florian à Nus
⭐ À goûter : les châtaignes au beurre et à la panna
