Cela faisait longtemps que j’entendais parler de Samuel Delalex. Je suis donc arrivée à Marin avec une certaine impatience, prête à découvrir ses vins et ce vignoble suspendu au-dessus du Léman. Je savais que j’allais rencontrer un vigneron. Je n’avais pas encore compris que j’allais surtout rencontrer un personnage.
Un vignoble suspendu au-dessus du Léman
Pour rejoindre le domaine de Samuel Delalex, il faut quitter la route principale et traverser les vignes. Le détour offre un point de vue magnifique sur le vignoble de Marin. Les parcelles s’entremêlent avec de petits bois et dominent le lac Léman. Ici, le paysage respire. On comprend immédiatement que le vin naît d’un territoire avant de naître dans une bouteille.
On vient pour le vin, on reste pour le personnage
On frappe à la porte, Samuel nous ouvre. Grand, blond, les cheveux longs, les yeux clairs. Près de deux mètres. Et surtout des mains immenses, celles d’un homme qui travaille sa terre depuis toujours. Avant même qu’il ouvre la bouche, on sait qu’on n’a pas affaire à un commercial en costume.

Il commence à parler. Impossible de manquer son accent savoyard. Il est aussi authentique que son discours. Avec son frère Benoît, il poursuit l’histoire familiale, construite par leur père. On sent très vite le respect qu’il porte à cet héritage. Ici, rien n’est calculé. Rien n’est joué. On parle de vigne comme on parle d’un membre de la famille.
La dégustation commence. Deux blancs de Marin, un rosé, un Gamay et un Pinot Noir. Les blancs possèdent cette tension et cette salinité caractéristiques des vins de Marin, comme un écho discret à la proximité du Léman. Des vins droits, précis, sans artifices.
Des convictions qui ne demandent pas la permission
Mais ce dont je me souviendrai le plus, ce ne sont pas les bouteilles. C’est Samuel. Parce qu’avec lui, chaque sujet devient un débat.
Les AOC, les cépages, les pratiques culturales, la technique, le respect du cahier des charges… tout y passe. J’ai même tenté d’aborder la biodynamie. Il a fait semblant de ne pas entendre avant de repartir sur un autre sujet. J’ai éclaté de rire. Cette esquive en disait finalement beaucoup plus qu’une longue réponse.
Quant aux vins dits « nature », inutile de lui en parler si vous cherchez un avis consensuel. Pour Samuel, un vin doit être propre. Les défauts ne deviennent pas des qualités parce qu’ils sont à la mode. Il défend une viticulture exigeante, des vinifications maîtrisées et une appellation qui a du sens. On peut partager son point de vue ou le discuter, mais une chose est certaine : il a des convictions profondément ancrées et c’est exactement le genre de vigneron avec lequel on pourrait refaire le monde pendant des heures autour d’une bouteille. Sans jamais réussir à le faire changer d’avis.
Ce qui m’a également frappée, c’est son rapport au commerce. Samuel n’est pas sur les réseaux sociaux. Ça ne l’intéresse pas. Il préfère être dans ses vignes que derrière un écran. Et pourtant, il connaît ses clients un par un. C’est lui qui charge sa voiture pour aller livrer les restaurants de Chamonix, de Morzine, de La Chapelle d’Abondance et de toute la vallée. Les restaurateurs le connaissent. Ils connaissent ses vins. Et ils connaissent surtout l’homme.
C’est peut-être ça, le vrai commerce. Créer une relation avant de vendre une bouteille. On pourrait croire qu’il ne fait aucun effort pour séduire. En réalité, il n’en a pas besoin. Son authenticité fait le reste.
Je ne vais pas prétendre que tous les vins de Samuel m’ont embarquée. Ce serait faux. Certains m’ont déroutée, d’autres moins convaincue. Mais aucun ne m’a laissée indifférente, parce qu’ils portent exactement ce que Samuel est : des choix francs, une personnalité entière et aucune volonté de plaire à tout prix.
LE DOMAINE EN UN COUP D’ŒIL
- Personne rencontrée : Samuel Delalex
- Domaine : La Grappe Dorée – Cave Delalex
- Vignerons : Samuel et Benoît Delalex
- Lieu : Marin, dans le Chablais haut-savoyard
- Vignoble : coteaux dominant le lac Léman
- Cru emblématique : Marin
- Cépage phare : le chasselas
- Dégustation : au domaine, à Marin

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