Caroline Baudin, la montagne comme terrain de jeu

Une femme qui n’est pas née dans le vin, mais qui s’y construit une place par le travail, l’instinct et une sacrée obstination.

Pour rencontrer Caroline Baudin, il faut d’abord accepter de marcher un peu. On laisse la voiture en bas des coteaux d’Ayse. Cinq minutes de montée entre les rangs de vigne. Et là-haut, pas de caveau, pas de terrasse aménagée, pas de mise en scène.

Juste Caroline. Le sécateur à la main, les lunettes de soleil sur le nez, elle enlève les entrecœurs de ses gringets. Ces petites pousses qui, comme les gourmands d’un plant de tomate, fatiguent la vigne si on les laisse grandir. Un geste simple. Répété des milliers de fois. Invisible pour la plupart d’entre nous, indispensable pour celui qui fait le vin.

J’aime toujours rencontrer les vignerons dans cet instant-là. Celui où ils travaillent. Parce que les discours disparaissent.

D’une pente à l’autre

L’hiver, Caroline est monitrice de ski à Combloux. Lorsque les pistes ferment, elle ne quitte pas vraiment la montagne : elle change simplement de pente. Direction les coteaux d’Ayse, où elle apprend le métier de vigneronne avec la même exigence que celle qu’il faut pour tracer une belle courbe dans une neige fraîche.

Caroline n’est pas née dans le vin. Rien ne lui a été transmis avec les clés d’une cave ou les limites d’un domaine familial. Elle a appris, essayé, recommencé. Tout s’est construit.

Des vins qui lui ressemblent

Dans son petit cabanon, les bouteilles arrivent sur la table sans cérémonie. D’abord son Gamay : herbacé, étonnant, presque déroutant au premier abord. Un vin qui refuse de copier ses voisins et assume son caractère. Un peu comme sa vigneronne.

Puis vient La Pétillante, son brut nature de Gringet. Après une heure passée avec Caroline, le nom devient une évidence : la même énergie, la même spontanéité et cette façon de vous faire croire que les projets les plus fous sont peut-être simplement des projets que personne n’a encore osé commencer.

Trouver des vignes, le véritable parcours du combattant

Au fil de la discussion, elle me parle aussi de ce qui est sans doute le plus difficile aujourd’hui. Trouver des vignes.

« Il me faudrait un peu plus de jus, un peu plus de parcelles pour continuer l’aventure. »

Caroline ne manque ni d’idées ni d’énergie. Ce qui lui manque, ce sont des vignes.

À Ayse, les parcelles disponibles sont rares, parfois minuscules, et rarement proposées à celles et ceux qui ne viennent pas d’une famille déjà installée. Alors elle avance comme elle peut, rang après rang, bouteille après bouteille, sans plainte ni grand discours. Avec cette obstination tranquille des gens qui savent exactement pourquoi ils se lèvent le matin.

Le vignoble alpin a besoin de femmes comme Caroline. Des femmes qui n’arrivent pas avec un domaine transmis, mais avec l’envie d’apprendre, de travailler et de construire quelque chose qui leur ressemble.

On parle souvent de transmission dans le vin. Caroline raconte une autre histoire : celle de ceux qui ne reçoivent pas une place et décident malgré tout de la créer.

Elle ne cherche pas à gravir la montagne plus vite que les autres. Elle avance, simplement. Mais elle avance dans sa propre trace.

CAROLINE EN UN COUP D’ŒIL

  • Vigneronne : Caroline Baudin
  • Lieu : coteaux d’Ayse, en Haute-Savoie
  • Cave : Marignier
  • Autre métier : monitrice de ski à Combloux
  • Parcours : vigneronne autodidacte
  • À découvrir : son Gamay et sa cuvée La Pétillante

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