Certains plantent des vignes. D’autres plantent des idées.
Il y a des vignerons qui perpétuent une histoire. Et puis il y a ceux qui écrivent déjà le prochain chapitre. Adrien Vallier fait partie de cette deuxième catégorie. La première fois que je l’ai rencontré, j’ai été frappée par le personnage. Un grand gaillard, près de deux mètres, une carrure impressionnante, moniteur de ski l’hiver, vigneron le reste de l’année. Au premier regard, on imagine la force. En quelques minutes de discussion, on découvre surtout une immense sensibilité. Et très vite, on comprend une chose : Adrien ne pense pas comme les autres.

Il voit déjà un vignoble que nous ne voyons pas encore.
Pendant que beaucoup cherchent à révéler le meilleur du Gringet, Adrien regarde un peu plus loin. Sur les coteaux de Marignier, il défriche, il replante, il imagine. Des cépages alpins prennent aujourd’hui racine sur des terrains qui, pour l’instant, ne produisent encore aucun vin. Aucune bouteille. Aucune récompense. Aucun retour immédiat. Seulement une conviction et beaucoup d’intuition.
Il travaille aujourd’hui pour des cuvées que personne n’a encore goûtées, voir même imaginées sur le coteau d’Ayze. C’est simple, Adrien voit déjà quelque chose que nous ne sommes pas encore capables de voir.
Assumer une idée, même lorsqu’elle dérange.
À Ayze, les bulles font partie de l’identité du vignoble. Lui fait un autre choix. Pour Adrien, le Gringet n’a pas besoin d’effervescence pour raconter son terroir. Il préfère laisser parler la roche, la pente, la fraîcheur et l’identité du cépage. Il faut une certaine audace pour défendre cette vision. Mais il ne cherche pas à faire différemment pour attirer l’attention, il fait simplement le vin auquel il croit.
Une bouteille qui en dit déjà long.
Son Gringet m’a marquée. Droit. Pur. Vertical.
Un vin qui ne cherche jamais à impressionner par la puissance. Il avance avec précision, presque en silence, et laisse le terroir prendre toute la place. Cette bouteille est sans doute le meilleur indice de ce qui nous attend. Si autant de finesse existe déjà aujourd’hui, que donnera son vignoble lorsqu’il arrivera à maturité ?

Les visionnaires prennent toujours un peu d’avance.
J’ai un attachement particulier à Marignier. C’est ma terre. Alors voir quelqu’un croire autant en ces coteaux me touche profondément. Personne ne peut encore dire ce que donneront ces nouvelles plantations. Personne.
Mais certains projets dépassent le simple fait de produire du vin. Ils racontent une vision, ils redessinent un paysage et parfois ils ouvrent une voie.
Je ne sais pas encore exactement ce qu’Adrien Vallier nous prépare, mais une chose est certaine… Le jour où ses premières cuvées issues de ces nouvelles plantations verront le jour, nous aurons probablement tous cette même réflexion :
Il l’avait vu avant nous.

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