Ninive Pavese : l’héritière du Prié Blanc

À 25 ans, Ninive Pavese porte avec une fierté farouche l’histoire de sa famille et celle d’un vignoble accroché au pied du Mont-Blanc.

Mon verre était prêt. Ninive aussi.

Lorsque j’arrive au domaine Ermes Pavese, tout est déjà prêt. Mon verre m’attend dans le caveau. Ninive aussi. Elle a seulement 25 ans et elle m’accueille avec une certaine réserve, presque de la timidité. Rien d’exubérant. Juste un sourire sincère et cette petite phrase qui lance la visite :

« On commence la dégustation ? »

Je me présente. Je lui explique pourquoi je suis venue jusqu’à Morgex, mon intérêt pour les vignobles alpins et pour le Prié Blanc, ce cépage emblématique de la vallée. Très vite, quelque chose change. Elle comprend que je ne suis pas simplement une touriste de passage. Je suis venue pour comprendre son domaine, son histoire, sa famille. Peu à peu, la réserve laisse place à un tempérament bien affirmé. Ninive sait ce qu’elle défend, connaît la valeur du travail de sa famille et ne manque ni de caractère ni de conviction lorsqu’il s’agit d’en parler.

Chez les Pavese, les bouteilles portent des prénoms avant de porter des étiquettes.

Chez les Pavese, chacun a sa place. Ninive est le visage du domaine. Elle accueille les visiteurs, fait découvrir les vins et développe la partie commerciale. Son frère Nathan travaille davantage dans les vignes et les autres activités agricole du domaine. Spoiler, ils font leur propre chips de pomme de terre, fabuleuses !

Mais dans la famille, les frontières sont minces. Quand il faut aller travailler dehors, elle enfile les bottes comme tout le monde.

Au fil de la visite, elle me parle de ce que représente un domaine familial. Il y a la fierté, immense et puis il y a aussi le poids de l’héritage. Travailler avec ses parents, avec son frère, partager les décisions, vivre ensemble les réussites comme les difficultés… rien n’est toujours simple.

Pourtant, lorsqu’elle en parle, une évidence s’impose, elle ne ferait ce métier pour rien au monde.

Ninive, un prénom venu de loin

La dégustation débute par le Prié Blanc, cépage emblematique. Puis vient Nathan, la cuvée qui porte le prénom de son frère.

Les vins sont droits, tendus, lumineux. Ils respirent la montagne. Ils possèdent cette fraîcheur cristalline que seule l’altitude semble pouvoir offrir.

Elle poursuit avec les cuvées effervescentes, qu’elle présente avec une fierté particulière, avant de terminer par le vin le plus singulier du domaine. La cuvée Ninive. Un vin de glace élaboré à partir du Prié Blanc, récolté en pleine nuit lorsque les raisins sont naturellement gelés. Une cuvée rare, imaginée par son père, qui porte le prénom de sa fille.

Je souris.

« Au fait… pourquoi Ninive ? »

Elle m’explique alors que son prénom fait référence à l’ancienne cité de Ninive, en Mésopotamie. Je trouve cette histoire magnifique. Un prénom chargé de plusieurs millénaires d’histoire pour une jeune femme qui porte aujourd’hui celle de sa famille. Le symbole est presque trop beau.

Neuf fûts et les pieds dans les vignes

Après la dégustation, Ninive m’ouvre les portes de la cave. Elle me montre les neuf fûts dans lesquels la cuvée Nathan poursuit son élevage. Elle parle des vins avec beaucoup de simplicité. Jamais pour impressionner, toujours pour transmettre.

On sent qu’elle connaît son domaine bien au-delà de la seule partie commerciale : les parcelles, les cuvées, les élevages, le rythme des saisons. Non pas parce qu’elle les a appris dans un livre, mais parce qu’elle les vit au quotidien depuis qu’elle est née.

Avant de partir, il fallait voir Morgex d’en haut

Avant que je reparte, elle prend encore quelques minutes. Elle me dessine presque l’itinéraire à suivre pour rejoindre les vignes, juste au-dessus du domaine. Elle a compris que j’aime marcher dans les parcelles avant de quitter un vignoble. Ce geste résume parfaitement notre rencontre.

Ninive ne cherche pas seulement à vendre une bouteille elle veut que l’on découvre son paysage. Que l’on comprenne pourquoi ces vignes existent ici, à mille mètres d’altitude, au pied du Mont Blanc. Que l’on ressente cette montagne qui s’invite dans chacun de leurs vins.

Je suis repartie avec de très belles bouteilles mais surtout avec le souvenir d’une jeune femme profondément attachée à son héritage.

À seulement vingt-cinq ans, Ninive porte déjà une histoire familiale immense et elle le fait avec cette douceur discrète qui, finalement, marque parfois bien plus que les grands discours.

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