Pourquoi j’aime autant le vignoble Alpin…

Il y a des vignobles que l’on visite, et je commence à en avoir vu pas mal… Des classés à l’Unesco, des renommés internationaux et puis il y a ceux qui vous happent. Le vignoble alpin fait partie de la deuxième catégorie.

Je pourrais vous parler tout de suite de Jacquère, de Mondeuse, de Gringet ou d’Altesse. Vous expliquer les sols, les pentes, les expositions, les appellations. Tout cela viendra parce que comprendre un vin, c’est aussi comprendre d’où il vient. Mais avant les cépages et les cartes, il y a une émotion.

Chez nous, dans les montagnes, la vigne ne s’étale pas tranquillement à perte de vue. Elle se glisse entre deux villages, grimpe sur un coteau, longe un lac, s’accroche à la montagne. Le vignoble alpin est morcelé, discret, presque secret.

On peut traverser une vallée sans le voir, puis tourner sur une petite route et découvrir soudain quelques parcelles suspendues au-dessus du Léman, face aux Aravis ou au pied d’une falaise. C’est cela que j’aime : il faut aller le chercher.

Les lacs, les montagnes et cette lumière particulière

Ce vignoble est indissociable de son paysage. Les montagnes ne sont jamais très loin. Les lacs non plus. Le Léman, le lac du Bourget, le lac d’Annecy… Ils apportent une lumière, une douceur, une respiration au milieu du relief alpin. À Marin, les vignes dominent le Léman. À Menthon, elles poussent dans un décor que l’on associe plus facilement aux vacances qu’à la viticulture. À Ayze, le vignoble s’installe au pied des montagnes, avec le Môle en sentinelle. Chaque secteur possède son rythme et son identité.

Des cépages qui ne ressemblent pas aux autres

J’aime aussi le vignoble savoyard pour ses cépages. Des noms parfois difficiles à retenir, mais qui racontent une vraie singularité.

Le Gringet, presque exclusivement cultivé à Ayze. La Mondeuse, épicée, poivrée, florale, capable d’une énergie incroyable. La Jacquère, que l’on croit légère et simple, mais qui peut se montrer précise, salivante et pleine de nuances lorsqu’elle est bien travaillée. L’Altesse, plus ample, plus noble, parfois presque mystérieuse. Le Chasselas, la Mondeuse blanche, la Molette, le Persan… Et je ne vous parle pas encore des fabuleux cépages que nous retrouvons de l’autre côté de la frontière Française…

Ces cépages ne cherchent pas à imiter les grandes régions viticoles françaises. Ils parlent leur propre langue. Une langue alpine, fraîche, tendue, parfois sauvage. Et c’est précisément pour cela qu’ils m’intéressent.

Un vignoble fait de rencontres

Mais un vignoble n’existe pas sans celles et ceux qui le cultivent. Depuis que je parcours les domaines savoyards, je rencontre des personnalités très différentes. Des discrets, des passionnés, des bavards, des obstinés, des rêveurs, des personnages hauts en couleur avec lesquels on pourrait débattre pendant des heures. Certains travaillent des parcelles familiales depuis plusieurs générations. D’autres replantent des vignes là où elles avaient disparu. Certains défendent des cépages presque oubliés. Tous racontent, à leur façon, un lien très fort avec leur territoire. C’est aussi cela que je veux partager ici. Pas vraiment des fiches techniques ou des commentaires de dégustation, mais des histoires humaines.

Qui sont ces femmes et ces hommes ? Pourquoi ont-ils choisi ce métier ? Que veulent-ils transmettre ? Quel vin leur ressemble le plus ? Derrière chaque bouteille, il y a une personne, des choix, des doutes, des convictions et souvent une bonne dose d’entêtement et dans les Alpes, il en faut.

Des vins qui méritent une autre place

Pendant longtemps, les vins de montagne ont été réduits à quelques images : la fondue, la raclette, les vacances au ski et le petit vin blanc servi dans un pichet. Bien sûr, une Jacquère avec une fondue reste une excellente idée. Je ne vais pas déclarer la guerre au fromage, ce serait très imprudent dans la région.

Mais les vins Alpins peuvent aussi accompagner des poissons du lac, une cuisine végétale, une volaille, des plats épicés, des viandes mijotées ou une cuisine gastronomique. Ils peuvent être légers et immédiats, mais aussi complexes, profonds et capables de vieillir.

Ils ont leur place dans les caves, sur les grandes tables et surtout dans le discours des professionnels de la restauration. Encore faut-il apprendre à les connaître et savoir les raconter.

Raconter le vignoble autrement

C’est l’objectif de ces rubriques. Vous emmener dans les vignes, au bord des lacs et derrière les portes des caves. Vous faire découvrir les appellations, les cépages, les paysages et les histoires du vignoble Alpin. Mais toujours avec mon regard : celui d’une sommelière, d’une enseignante passionnée et d’une femme profondément attachée à ce territoire.

Je ne vous promets pas un cours magistral. Je vous promets des rencontres, des découvertes, quelques coups de cœur, certainement quelques débats et beaucoup de bouteilles ouvertes avec curiosité. Parce que le vignoble Alpin ne se résume pas. Il se parcourt, il se déguste et surtout, il se raconte.

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